17 juillet 2009
In bed with Rousseau
(Pardon pour le titre mais mon marketing coach exigeait un titre à fort pouvoir dopant pour rebooster notre million de lecteurs en vacances d'été...)
Dans les villages malgaches, il n'y a pas foule d'activités le soir, faute d'électricité, de connexion, de routes, etc... En résumé, vous avez tout le temps de lire à la bougie dès 19h. Genre les 5 tomes des Oeuvres Complètes de Jean-Jacques Rousseau.
Jean-Jacques qui écrivit à son époque :
"Il importe de s’accoutumer d’abord à être mal couché ; c’est le moyen de ne plus trouver de mauvais lit. En général, la vie dure, une fois tournée en habitude, multiplie les sensations agréables ; la vie molle en prépare une infinité de déplaisantes. Les gens élevés trop délicatement ne trouvent plus le sommeil que sur le duvet ; les gens accoutumés à dormir sur des planches le trouvent partout : il n’y a point de lit dur pour qui s’endort en se couchant."

J'ai testé le lit recommandé par Jean-Jacques... Depuis, JJR est devenu un peu ma Madame Irma... visionnaire et de bons conseils ! ;)
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06 mars 2009
Mille Paris... et des journées pas comme les autres !
Alors que nous commencons à élaborer vos parcours dans Paris pour le Chic Trophy, les éditions Hachette représentées par la dynamique Stéphanie (dynamique voire hyper vive... puisque le soir où je l'ai rencontrée, elle avait sacrifié son lapin domestique pour en faire un gilet de modeuse... bon), Stéphanie donc, m'a fait découvrir un livre très original que j'ai vite adoré, le mot n'est pas trop fort !
Loin du catalogue et des figures touristiques imposées, le livre est conçu par thème et par journée pour découvrir Paris selon votre humeur du jour...
Envie de vous ressourcer ?
Besoin de vous vitaminer ?
D'humeur à joyeusement pintader ?
Ou encore sourire à la crise ?
Voici 150 bons plans présentés avec humour et peps pour vivre en plein Paris "des journées pas comme les autres" !
En attendant le Chic Trophy, nous vous proposons une petite énigme... La première personne à donner la bonne réponse dans les commentaires de ce post recevra un exemplaire du livre at home !
"Ne vous fiez pas aux consonances...
Du chocolat, je n'ai même pas l'apparence,
Et mon principal ingrédient a peur
que vous confondiez son nom et sa couleur !"
Hum... Que suis-je ?
A vous de jouer ! ;)
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21 février 2008
Crocodile Dundee
Dans votre série "Good for you !", aujourd'hui : comment l'humanitaire vous apporte 30 millions d'amis....
Le contexte : vous vous souvenez qu'avant de profiter d'un massage relaxant à Antsirabe, il vous faudra toujours ramer un peu au propre comme au figuré. Ce qui fut fait...
Ce matin-là, avant de remonter le fleuve Tsiribihina à la rencontre de ses riverains, je profite de mes derniers instants sur la terre ferme pour faire un tour dans le poulailler de l'étape, les gallinacées m'ayant "bercée" toute la nuit, ce matin je leur rends une petite visite de courtoisie. Au menu bientôt : "poulette à la broche"...
Tiana (mon "assistant-piroguier") et moi sommes allés au marché pour faire les provisions des sept jours à venir sur le fleuve. Ananas, brèdes, poulet, eau, riz, la remontée du fleuve devrait être sportive ET gastronomique, genre Maïté en pirogue...Après avoir retraversé le village, nous arrivons à "l'embarcadère", pompeusement baptisé puisqu'il s'agit en réalité d'une descente de boue.
A la pirogue, c'est l'émeute ! Chacun cherchant à marchander quelque chose, vivement le départ...
Tout est maintenant chargé, je vérifie une dernière fois que la pirogue ne prend pas l'eau (vieux souvenir...), non ? Non, alors let's go !
Premiers coup de pagaie sur le fleuve Tsiribihina, long de 145 km entre Belo-sur-Tsiribihina et Miandrivazo, la pirogue glisse sur les eaux calmes bordées par deux rives sablonneuses.
Le fleuve est large d'une vingtaine de mètres et charrie la latérite des bords de berges, ce qui lui donne sa couleur orangée.
La Tsiribihina semble vivre au rythme des pirogues et du teuf-teuf-teuf des taxis-brousse flottants, mora mora (expression légendaire à Madagascar qui signifie que le rythme est aussi endiablé que celui des colocs d'une maison de retraite)...
On y assiste aux scènes de pêche, aux jeux des enfants, à la toilette ou au lavage du linge, on y croise même des zébus ! Par certains endroits, l'eau est en effet si peu profonde qu'elle permet la traversée en charrette à zébus d'une rive à l'autre.
Côté vocabulaire, ici pas de "Manao ahoana tompoko" (bonjour M, Mme) mais "Salama tompoko" puisque nous sommes chez l'ethnie Sakalava.Malgré des différences entre le malgache des Sakalava et celui des Merina (la langue "officielle"), j'arrive quand même à me faire comprendre de mon aide-piroguier. Sinon on se lance dans le mime... Je suis ridicule en gros.
A la surface de l'eau, abondent de superbes jacinthes qui forment de beaux "tapis" mauves et verts, le fleuve semble s'ouvrir devant nous au rythme lent de nos pagaies, magique...
Petit détail technique mais qui a son importance (pour moi surtout) : j'ai les fesses trempées.
Je m'intéresse un peu tard à ce qui me sert de "siège" dans le fond de la pirogue... Il s'agit en fait d'un gros morceau de mousse... imbibé d'eau. Il ne me reste plus qu'à attendre notre pause-déjeuner pour arranger ça, et à mariner en silence jusque-là...
Pagayer, à la longue, n'est pas une activité passionnante en soit, mais le faire avec une poule folle dans le dos la rend tout de suite plus épicée...
Ce petit voyage sur l'eau n'est visiblement pas du goût de notre hôte à plumes qui se perche sur le bord de la pirogue en battant hystériquement des ailes, c'est un peu bruyant mais constitue en même temps un bon ventilateur naturel... non négligeable sous le soleil de plomb qui brûle et assomme...
Après trois heures de remontée du fleuve, on accoste sur un coin de berge enfin à l'ombre.
On fait du feu et pendant que le riz cuit avec les brèdes dans la marmite, je me change (ah...) et me confectionne un siège étanche avec une bâche plastique. Grand luxe.
Après le déjeuner, re-pirogue.
"Rame, rame, rameur, ramez, on avance à rien dans c' canoë...", mais si on avance ! De 20 km par jour ! A moi les prochains J.O de pirogue...
Bon, j'oublie vite le rythme de la pagaie à la vue des caméléons qui jouent à cache-cache dans les racines apparentes des arbres sur les berges.Un peu plus loin, ce sont des Propithèques de Verreaux (des lémuriens blancs à face noire ou "sifaka" en malgache) qui entament une danse étonnante, sautant sur leurs pattes arrières, bras levés, ils se déplacent de bond en bond ! On les dirait sortis d'un dessin animé !Ils sont ici bien protégés puisqu'il est fady (tabou) de les chasser.
Le paysage a brusquement changé, des parois de granit à pic ont remplacé les sables, parois sur lesquelles s'accrochent à la verticale des centaines de petites chauves-souris, qui sont, contrairement aux Sifaka, braconnées pour leur chair par certains...
Grenouilles rouges, phalènes ambrés, tortues d'eau, geckos verts, la journée est un festival de couleurs offert par la faune de la Tsiribihina !
Cet après-midi Tiana est nerveux, la partie du fleuve que nous remontons héberge des crocodiles du Nil, d'environ deux mètres, on en voit descendre des berges et glisser sur l'eau.
Ils sont chassés par les habitants des berges, ce qui les pousse à squatter le fleuve.
Keep cool... Nous n'avons pas chaviré ce matin, il n'y a pas de raison que ce soit pour maintenant...
N'empêche que Tiana et moi sommes raides comme des piquets, attentifs à ne bouger que nos bras pour ne pas faire basculer notre coquille de bois...
17h : la nuit tombe très vite et on a toutes les peines du monde à accoster à cause des bancs de sable et des trous d'eau qui nous barrent le passage jusqu'à la berge. On enlise la pirogue dans le sable et un mètre plus loin on a de l'eau jusqu'à la taille à essayer de la dégager, THE galère !
Après une bonne demi-heure d'efforts et de jurons malgaches, on réussit quand même à la sortir de l'eau et me voilà donc à monter ma moustiquaire dans le noir sous les étoiles...
A suivre en mots et peut-être même en vidéo...
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05 août 2007
Victor, j'adore !
Dans votre série "Good for you", ce soir, c'est séance télé... ou comment l'humanitaire vous ouvre l'esprit sur des pans culturels méconnus.
Découvrez THE feuilleton phare à Madagascar ! Parce que Prison Break, c'est suspens pipi de chat (ou tout autre animal que tu préfères) à coté de... ROSALINDA, série brésilienne mexicaine de mon coeur...Je vous fais le pitch...
Rosalinda, jeune fille pauvre, travaille en tant que fleuriste en attendant de tenter sa chance à la star ac. Alors qu'elle livre des fleurs dans un restaurant, elle fait la connaissance de Fernando José, un jeune homme très riche qui se lave les cheveux avec Petrolan et qui joue justement du piano dans ce restaurant (tinlin !).
Soldad, la vraie mère de Rosalinda, a été accusée du meurtre du père de Fernando José et a passé 20 ans (quand même !) en prison... Rosalinda et Fernando José ignorant cette tragédie, tombent amoureux et se marient (ok je vous la fais courte, ça dure mille épisodes normalement mais vous avez peut-être pas trop le temps là ?).
Pause. Vous vous reconcentrez.
MAIS Valeria, la mère adoptive de Fernando José, découvre la vérité et fait des pieds et des mains pour les séparer, la force de l'amour arrivera-t-elle a vaincre tous les obstacles ? Hein ? Hum ? Alors ???
Maintenant que vous regrettez d'avoir préféré Prison Break à Rosalinda, je vous résume l'épisode du jour...
Rosalinda, notre héroïne (remarquez l'adjectif possessif inclusif), est à l'hôpital, à moitié folle d'avoir découvert que sa mère est une serial-killeuse.
Cependant Fernando-José (prononcez Fernandorosèss), toujours niais mais serviable ramène à Rosalinda son bébé qu'elle croyait mort dans une poubelle (ça surprend hein ?), ça devrait lui remonter le moral croyez-vous, eh bien pas du tout.
Dans sa camisole, Rosalinda pique sa crise et s'enfuit sur le toit de l'hôpital (quand elle court en camisole, on dirait une otarie ivre morte), et reste en équilibre sur la corniche pendant dix minutes en vociférant comme une possédée.
Fernando, transformé en fontaine de la place St Marc, pleure en reniflant avec grâce et supplie Rosalinda de descendre de son perchoir :
"Je t'aime si fort, descends tut de suiiiiiiiiiiiiite..."
Et là démarre la musique de "la petite maison dans la prairie"... Mais... C'est quoi ce mélange ?!? Est-ce que Laura serait la véritable soeur de Rosalinda ? Quoi son frère ?!?
Quoi qu'il en soit, rassurez-vous Rosalinda va beaucoup mieux puisqu'à présent elle mange des roses (signe qu'elle va mieux...), l'hôpital décide donc de sa sortie...
Fernando, tout ragaillardi, s'essaie à une amabilité mais ne sait pas dire le son "ou", ce qui donne :
"Bonjur, c'est tujurs toi que j'aime, suris-moi mon amur"...
Ce qui n'est rien à côté de la soeur de Rosalinda à la voix doublure de Pollux du manège enchanté, et de sa cousine descendante directe de Pavarotti.
Pour le fun, je vous fais profiter de la fille de la mère de Fernando-José (qui a dit "donc sa soeur" ? bravo à toi qui suis !) avec ses superbes lunettes, et là on s'incline... Il est vraiment fou Afflelou !!!
Tout ceci fait de "Rosalinda" le feuilleton le plus suivi à Madagascar. A prendre au SECOND degré (exemple), c'est encore plus drôle !
C'est comme ça que j'ai réalisé à Mada que je passais également à côté du génialissime Victor.
Alors qu'en France, il aurait fallu m'anesthésier pour que je regarde "The Young and The Restless " (oui parce que je le verrais en VO avec l'anesthésiste de Grey's Anatomy quand même), l'animation d'Ambodiafontsy à la nuit tombée m'a rendue bien meilleur public que je n'étais.
Bref, VICTOR ! Découvert au début grâce à Bebe qui me pressait de dîner à 18h pour ne pas rater les turpitudes de Victor et sa famille, je me suis vite passionnée pour les Feux de l'amour... Bien qu'Anita fasse sa perfide sur le sujet, j'assume. (En même temps, ce n'est pas moi qui connaît par coeur les chansons d'ABBA, hein?...)
Victor, donc.
Victor, c'est monsieur JE FAIS CE QUE JE VEUX, il est riche, c'est la patron de la boîte alors il arrive à l'heure qu'il veut, des fois même vers 16h, il passe un coup de fil sous son portrait accroché au mur et puis il rentre à la maison voir si tout n'est pas parti à volo pendant son absence.
Parce qu'at home, il y a Nikki et elle est gratinée, Nikki. On ne la voit jamais aller chez le coiffeur mais elle change tout le temps de coiffure (vous le croyez ça ?), comme on la voit toujours fatiguée mais sans jamais travailler. Même syndrome que Laly, "être au bord de la piscine me crève... je vais reprendre une coupette..."
Mais quand Victor est là, ça file doux. Il est comme ça Victor, quand il commence ses phrases par "Ecoute bien..." c'est l'avis de grosse tempête... Tous aux abris. Les gens ont beau lui dire "Mais Victor, je te le jure sur ma vie...", ça ne l'émeut jamais. Inébranlable.
Pendant que Victor règne en despote sur l'écran, j'entends Bebe qui grignote des petits gâteaux sur le lit derrière moi. Chaque phrase de Victor ou de Jill (sa maîtresse, ouh) est ponctuée par un vif commentaire et j'ai le droit de suivre deux feuilletons pour le prix d'un !
Du haut de toute sa sagesse de septuagénaire pétillante, Bebe me dit :
"Ah ! Cette Jill est vraiment une femme malhonnête, regarde un peu toutes ses manipulations ! Victor devrait se méfier d'elle ! Tout ça va mal finir, tu m'entends ???"...
Oui, je t'entends et j'adore ça...
Rien que pour ces moments-là... Victor, j'adore !
04:29 Publié dans GOOD for you ! | Lien permanent | Commentaires (44) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
17 juillet 2007
J'ai piscine !

Grâce à votre série préférée "Good for you !", aujourd'hui vous découvrirez comment l'humanitaire vous fera économiser 18 cours chez Force Bleue/Force Rouge.
J'ai testé pour vous bien sûr...
Le contexte : une petite traversée nautique de 8 km entre le village de SOANIERANA IVONGO sur la côte Est de Madagascar et la petite île de NOSY BORAHA.
Pour vous dire la vérité, j'ai raté le bateau de la veille parce qu'un pont sur la route qui menait au point d'embarcation s'était écroulé (un détail), donc je trompe l'attente au milieu d'un no man's land de 15 âmes parmi les oies et les poulets. C'est une séquence "nature" en bref. Un peu longue donc je vous dispense de la nuit au milieu des Gallinacées.
J'attends patiemment un bateau depuis une nuit et une jour en organisant des courses de cafards.
Et tinlin l’heure du départ sonne brusquement ! Le propriétaire de l’hotely arrive en courant pour me prévenir que le bateau appareille dans deux minutes, à l’autre bout du village ! J’adore le sens du timing malgache…
Après une course sac au dos à travers le village, puis sur le ponton, l’interrogatoire d’un douanier qui me soupçonne d’être venue faire du tourisme sexuel à Madagascar (?!) et se propose comme « victime » (?! ?!), j’ai tout juste le temps de sauter dans le bateau collé au quai et, la seconde suivante, nous larguons les amarres.

Ce bateau s’appelle le VIKING, et le capitaine doit être top-à-la-déconne... Parce qu’en fait de drakkar, notre embarcation m’a tout l’air d’une énorme coquille de noix... Un vingtaine de mètres de long, sans toit ; une bâche plastique recouvre les deux tiers avant du bateau, dessous se sont entassés des Malgaches avec des caisses, des sacs, des fruits, du poisson, bref un taxi-brousse flottant en somme…
J’ai l’impression que la place en dehors de la bâche m'est revenue de droit… Donc à moi l’air frais, à tribord à côté du moteur.
Je suis assise sur des paniers de bananes vertes, et à mes pieds un homme écope, à l’aide d’un seau, de l’eau au fond du bateau. Consciencieux, il le remplit à ras bord, et la moitié atterrit sur mes pieds à chaque fois qu’il rejette l’eau à la mer. Je lui demande de moins remplir le seau sinon dans deux heures j’aurai les pieds palmés... Et d’abord d’où vient cette eau ?!... La coque n’est pas étanche... Seule explication que j’ai trouvée, elle n’est pas des plus rassurantes...
Le ciel s’est assombri et en tee-shirt je me refroidis vite, pas moyen de mettre un pull parce que le capitaine a jeté mon sac à l’avant du bateau. Je trouve que notre embarcation tangue beaucoup, mais le capitaine a une explication rationnelle : nous sommes au niveau de la barrière de corail et la houle est toujours plus forte à cet endroit. Soit, passons donc cette barrière l’esprit serein.
Quelques minutes plus tard, le vent s’est levé, la mer grossit et les mouvements du bateau deviennent anarchiques ; les Malgaches semblent apeurés, une jeune fille se met à pleurer, une autre vomit dans le seau de service... Je les regarde enfiler leurs gilets de sauvetage, gilets en polystyrène complètement imbibés d’eau, qui me font penser que si je devais tomber à la mer, j’aurais toutes les chances de couler à pic avec ça sur le dos... Je le mets donc sans l’attacher, il me protégera un peu du vent en attendant de m’en débarrasser à la première alerte.L’alerte ne se fait pas trop attendre... Le temps d’y penser et la mer est déchaînée, nous sommes au milieu de vagues de quatre mètres de haut, je dois être en train de rêver, je vais me réveiller... Sans doute pour m’y aider, une vague s’abat sur moi à tribord, je me retrouve trempée des pieds à la tête, le cauchemar est bien réel...
La jeune fille qui pleurait tout à l’heure se met à hurler en s’accrochant à sa voisine, et finalement se cache près d’une caisse, petit corps ramassé tremblant, ses gémissements me fendent le cœur, mais elle est trop loin pour lui tendre la main. L’autre jeune fille vomit maintenant toutes les deux minutes, le reste des Malgaches entament des prières à voix haute, les mains jointes et le regard suppliant un miracle. L’ambiance me donne autant la chair de poule que le froid lui-même, je me mets à chanter doucement pour conjurer l'angoisse.
Le spectacle de cette mer démontée est effrayant, la terre de Madagascar a disparu derrière nous et Nosy Boraha est trop loin pour l’apercevoir. Notre vaillant Viking se débat au milieu de vagues en furie, à perte de vue, et semble être une plume dans la tempête…La cargaison mal arrimée glisse au fond du bateau au gré de ses mouvements chaotiques, les fruits s’échappent des paniers ouverts, roulent de bâbord à tribord pour refaire le chemin inverse quelques secondes plus tard.Après trente minutes, je n’ai plus l’esprit ni à chanter ni à prier. Je dois résister aux vagues qui s’écrasent sur moi les unes après les autres, au rythme implacable d’un métronome. J’ai à peine le temps de m’essuyer les yeux que la vague suivante me claque au visage. Je suis trempée jusqu’aux os et transpercée par le froid, ma tête se vide, j’essaie de ne pas croire ce que je vois autour de moi, la mer rugissante et les gens qui hurlent.
Je suis obligée de serrer les mâchoires pour arrêter de claquer des dents. J’essaie de me donner un peu de courage, un peu d’espoir aussi, de me projeter ailleurs, mais je me sens si loin de tout, tout à coup. Si loin de ma famille, de mes amis, je suis juste perdue là, au milieu d’une immensité infinie de trombes d’eau.
Deux longues heures que nous sommes partis... Et toujours en enfer... J’ai du mal à voir les autres passagers, mes yeux sont brûlés par le sel et les ouvrir est devenu trop douloureux.
J’entends les passagers qui pleurent et prient toujours à l’avant du bateau. Le froid me tétanise les muscles, mes membres sont de bois, je ne réagis plus aux paquets d’eau qui me claquent le corps. La tempête n’en finit pas, l’île n’apparaît jamais et ma résistance s’épuise. Ma seule pensée entre deux assauts glacés est “ tenir... tenir vague après vague ” jusqu’à la dernière, jusqu’à l’île, ne penser à rien d’autre, rester concentrée sur cette lutte-là.
Mais qu’est ce que je fais sur ce bateau ? Qu’est ce que je fais là à pouvoir périr à la prochaine vague au milieu de l’Océan Indien ?
J’enrage contre ce Viking qui m’apparaît soudain comme une tombe au milieu de la tempête, sans que je ne puisse rien y faire. Je me maudis d’avoir entrepris ce voyage, je me maudis de toujours vouloir repousser mes limites, une fois de trop, de penser qu’il suffit de le vouloir assez fort pour que tout me soit possible, la voilà évidente cette fameuse humilité qui me manque, j’ai des limites... Je n’ai pas d’écailles et je meurs de froid, littéralement.
Je sens une impression étrange m’envahir, comme un détachement, une lente aspiration, une lassitude soudaine qui me fait doucement lâcher prise, insidieusement. J’ai beau m’encourager à y résister, je me sens partir loin de ce bateau, flotter sans bruit sans chaos, mes grands-parents me sourient, je nage au triathlon de Marseille, sous le soleil au milieu des poissons, je suis bien, je prends le thé avec mes amis au milieu du salon, on rit en regardant « Friends », il y a Anita, il y a Pierre, il y a Mino… Mais la pièce se met à tourner… Je n’ai pas eu le temps de réaliser tous mes rêves, et aujourd’hui je sens la vie me quitter doucement, elle s’échappe et je n’arrive plus à la retenir.
Est-ce que je suis en train de mourir ? Est-ce que tout se termine aujourd’hui ?
Je ne veux pas partir maintenant, pas déjà, je veux beaucoup plus… Qu’il n’y ait plus rien après ce voyage, pas de retour, juste perdue entre Soanierana Ivongo et Nosy Boraha, c’est impossible... J’ai encore mille choses à faire, je n’ai même pas vu New York sous la neige… Que cet enfer cesse, mais que rien ne se termine ici, pas aujourd’hui, pas comme ça !
Je me pince la cuisse de toutes mes forces et la douleur me fait me redresser. Je dois garder les yeux ouverts, il le faut pour tout ce que j’ai envie de vivre encore, mais je ne peux supporter plus longtemps ce froid, j’ai la sensation d’être imbibée de cette eau glacée, jusqu’à la plus petite terminaison nerveuse, la plus reculée...
Je vais sauter et nager jusqu’à l’île, tout plutôt que de rester là à mourir de froid, j’ai trop mal et c’est trop long.
Le capitaine et son matelot échangent leurs ordres en malgache, “ mora mora ! ”, on coupe le moteur face aux vagues les plus énormes, pour leur opposer une résistance minimum quand elles nous balaient.
Trois heures et demie après notre départ, le miracle… L’île se découpe au loin !…
Il faut encore de longues minutes pour s’approcher.. Le courant est trop fort et nous attire vers les récifs sur lesquels on va se fracasser, les derniers miles sont les plus difficiles.
Tout à coup, une main invisible soulève violemment le bateau qui bascule !
En une seconde, c'est le choc avec l’eau glacée. J’entends des hurlements mais je ne distingue pas ceux qui les poussent, la brûlure de mes yeux gonflés par le sel me tenaille, je perçois la coque qui s’agite en tout sens et mon seul réflexe est de m’en éloigner pour ne pas être assommée. Devant, la côte est toute proche, à quelques centaines de mètres tout au plus.
Et cette fois le bout de l’enfer est bien là ! Peu importe l’eau glacée, mes jambes qui ne répondent plus, mes billets, papiers, cartes de téléphone flottant à la surface de l’eau, je tâte ma poche et j’y sens mon passeport, j’ai conservé l’essentiel : la vie et mon précieux sésame.
Après une vingtaine de minutes d’efforts, j’atteins le port et remonte le petit escalier de ciment, des gens sont massés sur la jetée et applaudissent à tout rompre… Ambiance surréaliste… Qu’est-ce qui provoque cette joie ? L’explication me pétrifie… La zone est infestée de requins, les malheureux passagers de cette coque de noix sont morts dans la tempête, noyés ou dévorés par les requins...
Je vais vaciller et m’écrouler là, mes jambes refusent d’avancer davantage, et je sens ma colère monter contre ce capitaine inconscient qui méprise la vie des autres pour 3 euros la traversée... Je me résigne à ne plus rien en penser…Un villageois m'entraîne jusqu’au petit café du port. La propriétaire me regarde entrer, médusée, tel un mort vivant qui s’infiltrerait de son plancher… Elle n’ose même pas m'approcher. Je lui grimace un sourire, bredouille trois mots de malgache pour demander du thé et reste là à claquer des dents en rythme en inondant son hotely, incapable d’un geste supplémentaire. Je suis vivante et je n’en reviens pas.
En attendant, je suis quitte pour un strip-tease au milieu du café, pour aujourd’hui c’est gratuit, mais demain…
A peine trois minutes plus tard, la dame revient avec le meilleur thé of my life (j'ai entendu Céline Dion dire ça un jour...) ; en échange, je la presse d’accepter les quelques billets qui sont restés au fond de ma poche, les plus trempés of her life (Céline aurait pu penser ça).
Donc la morale de votre épisode II "Good for you !" : même si un choc hydrothermique reste possible (bien que regrettable), qu'une ingestion accidentelle par un requin taquin reste envisageable (bien que désolante) ou qu'une faiblesse aquatique survienne à l'insu de votre plein gré, ce petit exercice de cardio-training doublé d'une thalasso en eaux vives est jalousé par les meilleurs athlètes de la chanson internationale (Madonna pour ne citer qu'elle)...L'humanitaire a donc bien des vertus BODYSCULPTANTES, estampillé "GOOD for YOU". CQFD.
00:08 Publié dans GOOD for you ! | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
02 juin 2007
CQFD
En vérité, ça vous passe un chouïa au-dessus des hémisphères ce qui se passe à Mada, ce qu'on essaie de faire là-bas, les briques en bouse de zébu, les choupinets qui dessinent des maisons avec des vrais murs, tout ça, ...?
Dites pas non, ça se voit quand même un peu... Bon, en même temps, je peux comprendre.
Si "Madagascar" à la base, ça vous fait penser à "Malabar", voire à "Babar" pour les plus régressifs, que vous situez ça au coeur de la Mandchourie ou que les Malgaches sont des personnages de Disney échappés d'un zoo new-yorkais, vous devez limite pas voir le rapport avec les bourses d'études dont on vous parle pour Sandra, Faniry et les autres... Je comprends, je vous dis.
Et puis tous les chemins mènent... ici, parfois.
D'improbables recherches Google - "Je m'exhibe en ville" (c'est toi qui vois Mimine), "Belle journée en jogging" (tout de suite moins fashion), "Viens ici !" (Qui me parle ?)- aux lecteurs égarés, je remarque quand même qu'alors qu'on ne vous a pas demandé de sauver le monde, ça tombe plutôt bien puisque dans le cas contraire on ne serait peut-être pas rendus tout de suite... Ah ah je plaisante bien sûr !...
Le contexte : vous venez de pagayer durant 7 jours sur le fleuve Tsiribihina pour remonter les 145 kilomètres qui vous séparent de Belo à Miandrivazo. Objectif de la balade : apporter des médicaments aux dispensaires tout en apprivoisant quelques crocos (mais c'est une autre histoire). Bref, une fois la chose faite et un peu tendu du triceps, vous décidez de vous offrir une pause massage bien méritée à Antsirabe.
Antsirabe, "là où il y a beaucoup de sel", ville thermale à la source aux mille et une vertus, et aux 8000 pousse-pousse... C'est là que j'ai décidé de tester pour vous les services du "Centre national de crénothérapie et de thermoclimatisme"... Traduction : les Thermes d'Antsirabe.
Entrée des Thermes, sens de l'orientation en mode ON, j'arrive à acheter le sésame pour le massage... Au bâtiment principal, on m'indique de me rendre "là-bas", endroit qui se révèle être un garage, puis de refaire le tour du bâtiment pour rentrer dans un autre. Soit. Après le jeu de piste, j'arrive devant le fameux guichet.
-"Manao ahoana Tompoko (bonjour Madame/Monsieur), j'aimerais un ticket pour un massage s'il vous plaît"
-"Vous voulez un massage sur quoi ?"
-"Comment ça sur quoi ?"
-"Ben "sur table" ?!"
-"Oui, sinon sur quoi ?" (Peut-être par terre, ou sur clous ?)
-"On a aussi "en baignoire" "
-"Non, non, "sur table" ce sera parfait..."
-"C'est 4000"
Bien. Munie du ticket, je refais donc le chemin inverse jusqu'aux Thermes.
La salle d'attente est bondée, hommes, femmes, enfants, les Bains ont visiblement du succès !
Au bout de deux minutes seulement, une femme en blouse m'indique que c'est à mon tour. Ah ? Et toutes ces personnes attendent ici pourquoi ?
-"Pas pour le massage" dit-elle dans un sourire. Bon.
J'entre par la porte indiquée et me retrouve dans une salle entièrement carrelée de blanc, aussi froide (genre 10°C) que vide et où trône la fameuse "table".
C'est bizarre, j'ai l'impression d'avoir déjà vu l'une des deux quelque part. Je cherche toujours où, alors que la plus souriante m'ordonne ni une ni deux de "tout enlever" et de grimper sur la table. Exécution ma capitaine !
A peine assise sur le bord de la table, je me retrouve plaquée sur le sky glacé. Et là LE flash ! Ca y est, je sais où je l'ai déjà vue ! My God, c'est Jonah Lomu, champion du haka !!!
Une faille spatio-temporelle s'ouvre en moi lorsque les soeurs Bogdanoff me saisissent chacune d'un côté de la table et se mettent à m'étriper à mains nues dans une frénésie compulsive. En live, l'amytiville du massage ! Et il est pour moi... Je commence à protester eu égard à la dureté du traitement.... mais dans une absolue indifférence.
Elles ne font même pas semblant d'entendre mes râleries, occupées qu'elles sont à être hilares pour une dispute déclenchée hier par un mari rentré trop ivre. (Ah oui c'est drôle ça dis-donc ! Est-ce que tu pourras aussi me regreffer une jambe droite quand t'auras fini de te gondoler Grichka ?!?)
C'est donc ça le massage "sur table" : un broyage simultané du côté droit et gauche de ce qui était jadis votre corps. Et pour être sûr que vous en gardiez un vrai bon souvenir, on vous asperge toutes les dix secondes d'eau froide avec un tuyau d'arrosage sorti du terrain vague d'à côté.
Ce "pur moment détente" dure environ dix minutes (soit dix de trop) et je ne sais toujours pas comment j'ai réussi à descendre de la table sans m'étaler vu que je ne sentais même plus mes jambes ! Digne, toujours rester digne...
Soulagée que ce soit terminé, j'attends qu'une bonne âme me tende une serviette puisque je suis trempée et... que je me pèle.
-"On n'a pas de serviette"
-"?!?"
-"Mais ça va sécher..."
C'est vrai Igor ?... Après une bonne pneumonie, sûrement.
A défaut de serviette, est-ce quand même possible de fermer la porte d'entrée, histoire que je puisse égoutter tranquille sur le carreau sans faire profiter tous les Thermes de ma sculpturale plastique ?... Igor m'envoie un dernier regard "rho la la la j'y crois pas..." et quitte la salle sans infirmer qu'on ne prendra pas tout de suite une location de vacances ensemble...
Morale de l'épisode I : même si le massage "sur table" d'Antsirabe est une expérience musclée à proscrire...
1° après le petit-déjeuner
2° pour les pudiques
3° pour les chochottes
.. il a réveillé chacun de mes axones, suis maintenant en état de supra awarité, une vraie JCVD prête au coup de pied renversé sur la première personne qui fait mine de m'approcher. L'humanitaire a donc bien des vertus VIVIFIANTES, estampillé "GOOD for YOU". CQFD.
A suivre...
*VIP = Very Infatigable Pokanelien
02:08 Publié dans GOOD for you ! | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
01 février 2007
Parce qu'ils le valent bien...
16:12 Publié dans GOOD for you ! | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note















