Dans votre série "Good for you !", aujourd'hui : comment l'humanitaire vous apporte
30 millions d'amis....
Le contexte : vous vous souvenez qu'avant de
profiter d'un massage relaxant à Antsirabe, il vous faudra toujours
ramer un peu au propre comme au figuré. Ce qui fut fait...
Ce matin-là, avant de remonter le fleuve Tsiribihina à la rencontre de ses riverains, je profite de mes derniers instants sur la terre ferme pour faire un tour dans le poulailler de l'étape, les
gallinacées m'ayant "bercée" toute la nuit, ce matin je leur rends une petite visite de courtoisie. Au menu bientôt : "poulette à la broche"...
Tiana (mon "assistant-piroguier") et moi sommes allés au marché pour faire les provisions des sept jours à venir sur le fleuve. Ananas, brèdes, poulet, eau, riz, la remontée du fleuve devrait être sportive ET gastronomique, genre
Maïté en pirogue...

Après avoir retraversé le village, nous arrivons à "l'embarcadère", pompeusement baptisé puisqu'il s'agit en réalité d'une descente de boue.
A la pirogue, c'est l'émeute ! Chacun cherchant à marchander quelque chose, vivement le départ...
Tout est maintenant chargé, je vérifie une dernière fois que la pirogue ne prend pas l'eau (
vieux souvenir...), non ? Non, alors let's go !
Premiers coup de pagaie sur le fleuve Tsiribihina, long de 145 km entre Belo-sur-Tsiribihina et Miandrivazo, la pirogue glisse sur les eaux calmes bordées par deux rives sablonneuses.
Le fleuve est large d'une vingtaine de mètres et charrie la latérite des bords de berges, ce qui lui donne sa couleur orangée.
La Tsiribihina semble vivre au rythme des pirogues et du teuf-teuf-teuf des taxis-brousse flottants,
mora mora (expression légendaire à Madagascar qui signifie que le rythme est aussi endiablé que celui
des colocs d'une maison de retraite)...
On y assiste aux scènes de pêche, aux jeux des enfants, à la toilette ou au lavage du linge, on y croise même des
zébus ! Par certains endroits, l'eau est en effet si peu profonde qu'elle permet la traversée en charrette à zébus d'une rive à l'autre.
Côté vocabulaire, ici pas de "Manao ahoana tompoko" (bonjour M, Mme) mais "Salama tompoko" puisque nous sommes chez l'ethnie Sakalava.
Malgré des différences entre le malgache des Sakalava et celui des Merina (la langue "officielle"), j'arrive quand même à me faire comprendre de mon aide-piroguier. Sinon on se lance dans le mime... Je suis ridicule en gros.
A la surface de l'eau, abondent de superbes jacinthes qui forment de beaux "tapis" mauves et verts, le fleuve semble s'ouvrir devant nous au rythme lent de nos pagaies, magique...
Petit détail technique mais qui a son importance (pour moi surtout) :
j'ai les fesses trempées.
Je m'intéresse un peu tard à ce qui me sert de "siège" dans le fond de la pirogue... Il s'agit en fait d'un gros morceau de mousse... imbibé d'eau. Il ne me reste plus qu'à attendre notre pause-déjeuner pour arranger ça, et à mariner en silence jusque-là...
Pagayer, à la longue, n'est pas une activité passionnante en soit, mais le faire avec une
poule folle dans le dos la rend tout de suite plus épicée...
Ce petit voyage sur l'eau n'est visiblement pas du goût de notre hôte à plumes qui se perche sur le bord de la pirogue en battant hystériquement des ailes, c'est un peu bruyant mais constitue en même temps un bon ventilateur naturel... non négligeable sous le soleil de plomb qui brûle et assomme...
Après trois heures de remontée du fleuve, on accoste sur un coin de berge enfin à l'ombre.
On fait du feu et pendant que le riz cuit avec les brèdes dans la marmite, je me change (ah...) et me confectionne un siège étanche avec une bâche plastique. Grand luxe.
Après le déjeuner, re-pirogue.
"Rame, rame, rameur, ramez, on avance à rien dans c' canoë...", mais si on avance ! De 20 km par jour ! A moi les prochains J.O de pirogue...
Bon, j'oublie vite le rythme de la pagaie à la vue des
caméléons qui jouent à cache-cache dans les racines apparentes des arbres sur les berges.
Un peu plus loin, ce sont des
Propithèques de Verreaux (des lémuriens blancs à face noire ou "sifaka" en malgache) qui entament une danse étonnante, sautant sur leurs pattes arrières, bras levés, ils se déplacent de bond en bond ! On les dirait sortis d'un dessin animé !
Ils sont ici bien protégés puisqu'il est
fady (tabou) de les chasser.
Le paysage a brusquement changé, des parois de granit à pic ont remplacé les sables, parois sur lesquelles s'accrochent à la verticale des centaines de petites
chauves-souris, qui sont, contrairement aux Sifaka, braconnées pour leur chair par certains...
Grenouilles rouges, phalènes ambrés, tortues d'eau, geckos verts, la journée est un festival de couleurs offert par la faune de la Tsiribihina !
Cet après-midi Tiana est nerveux, la partie du fleuve que nous remontons héberge des
crocodiles du Nil, d'environ deux mètres, on en voit descendre des berges et glisser sur l'eau.
Ils sont chassés par les habitants des berges, ce qui les pousse à squatter le fleuve.
Keep cool... Nous n'avons pas chaviré ce matin, il n'y a pas de raison que ce soit pour maintenant...
N'empêche que Tiana et moi sommes raides comme des piquets, attentifs à ne bouger que nos bras pour ne pas faire basculer notre coquille de bois...
17h : la nuit tombe très vite et on a toutes les peines du monde à accoster à cause des bancs de sable et des trous d'eau qui nous barrent le passage jusqu'à la berge. On enlise la pirogue dans le sable et un mètre plus loin on a de l'eau jusqu'à la taille à essayer de la dégager, THE galère !
Après une bonne demi-heure d'efforts et de jurons malgaches, on réussit quand même à la sortir de l'eau et me voilà donc à monter ma moustiquaire dans le noir sous les étoiles...
A suivre en mots et peut-être même en vidéo...