jeudi 21 février 2008
Crocodile Dundee
Par Nath_Pokanel, jeudi 21 février 2008 à 00:00 :: GOOD for you !
Dans votre série "Good for you !", aujourd'hui : comment l'humanitaire vous apporte 30 millions d'amis....
Le contexte : vous vous souvenez qu'avant de profiter d'un massage relaxant à Antsirabe, il vous faudra toujours ramer un peu au propre comme au figuré. Ce qui fut fait...
Ce matin-là, avant de remonter le fleuve Tsiribihina à la rencontre de ses riverains, je profite de mes derniers instants sur la terre ferme pour faire un tour dans le poulailler de l'étape, les gallinacées m'ayant "bercée" toute la nuit, ce matin je leur rends une petite visite de courtoisie. Au menu bientôt : "poulette à la broche"...
Tiana (mon "assistant-piroguier") et moi sommes allés au marché pour faire les provisions des sept jours à venir sur le fleuve. Ananas, brèdes, poulet, eau, riz, la remontée du fleuve devrait être sportive ET gastronomique, genre Maïté en pirogue...
Après avoir retraversé le village, nous arrivons à "l'embarcadère", pompeusement baptisé puisqu'il s'agit en réalité d'une descente de boue.
A la pirogue, c'est l'émeute ! Chacun cherchant à marchander quelque chose, vivement le départ...
Tout est maintenant chargé, je vérifie une dernière fois que la pirogue ne prend pas l'eau (vieux souvenir...), non ? Non, alors let's go !
Premiers coup de pagaie sur le fleuve Tsiribihina, long de 145 km entre Belo-sur-Tsiribihina et Miandrivazo, la pirogue glisse sur les eaux calmes bordées par deux rives sablonneuses.
Le fleuve est large d'une vingtaine de mètres et charrie la latérite des bords de berges, ce qui lui donne sa couleur orangée.
La Tsiribihina semble vivre au rythme des pirogues et du teuf-teuf-teuf des taxis-brousse flottants, mora mora (expression légendaire à Madagascar qui signifie que le rythme est aussi endiablé que celui des colocs d'une maison de retraite)...
On y assiste aux scènes de pêche, aux jeux des enfants, à la toilette ou au lavage du linge, on y croise même des zébus ! Par certains endroits, l'eau est en effet si peu profonde qu'elle permet la traversée en charrette à zébus d'une rive à l'autre.
Côté vocabulaire, ici pas de "Manao ahoana tompoko" (bonjour M, Mme) mais "Salama tompoko" puisque nous sommes chez l'ethnie Sakalava. Malgré des différences entre le malgache des Sakalava et celui des Merina (la langue "officielle"), j'arrive quand même à me faire comprendre de mon aide-piroguier. Sinon on se lance dans le mime... Je suis ridicule en gros.
A la surface de l'eau, abondent de superbes jacinthes qui forment de beaux "tapis" mauves et verts, le fleuve semble s'ouvrir devant nous au rythme lent de nos pagaies, magique...
Petit détail technique mais qui a son importance (pour moi surtout) : j'ai les fesses trempées.
Je m'intéresse un peu tard à ce qui me sert de "siège" dans le fond de la pirogue... Il s'agit en fait d'un gros morceau de mousse... imbibé d'eau. Il ne me reste plus qu'à attendre notre pause-déjeuner pour arranger ça, et à mariner en silence jusque-là...
Pagayer, à la longue, n'est pas une activité passionnante en soit, mais le faire avec une poule folle dans le dos la rend tout de suite plus épicée...
Ce petit voyage sur l'eau n'est visiblement pas du goût de notre hôte à plumes qui se perche sur le bord de la pirogue en battant hystériquement des ailes, c'est un peu bruyant mais constitue en même temps un bon ventilateur naturel... non négligeable sous le soleil de plomb qui brûle et assomme...
Après trois heures de remontée du fleuve, on accoste sur un coin de berge enfin à l'ombre.
On fait du feu et pendant que le riz cuit avec les brèdes dans la marmite, je me change (ah...) et me confectionne un siège étanche avec une bâche plastique. Grand luxe.
Après le déjeuner, re-pirogue.
"Rame, rame, rameur, ramez, on avance à rien dans c' canoë...", mais si on avance ! De 20 km par jour ! A moi les prochains J.O de pirogue...
Bon, j'oublie vite le rythme de la pagaie à la vue des caméléons qui jouent à cache-cache dans les racines apparentes des arbres sur les berges. Un peu plus loin, ce sont des Propithèques de Verreaux (des lémuriens blancs à face noire ou "sifaka" en malgache) qui entament une danse étonnante, sautant sur leurs pattes arrières, bras levés, ils se déplacent de bond en bond ! On les dirait sortis d'un dessin animé ! Ils sont ici bien protégés puisqu'il est fady (tabou) de les chasser.
Le paysage a brusquement changé, des parois de granit à pic ont remplacé les sables, parois sur lesquelles s'accrochent à la verticale des centaines de petites chauves-souris, qui sont, contrairement aux Sifaka, braconnées pour leur chair par certains...
Grenouilles rouges, phalènes ambrés, tortues d'eau, geckos verts, la journée est un festival de couleurs offert par la faune de la Tsiribihina !
Cet après-midi Tiana est nerveux, la partie du fleuve que nous remontons héberge des crocodiles du Nil, d'environ deux mètres, on en voit descendre des berges et glisser sur l'eau.
Ils sont chassés par les habitants des berges, ce qui les pousse à squatter le fleuve.
Keep cool... Nous n'avons pas chaviré ce matin, il n'y a pas de raison que ce soit pour maintenant...
N'empêche que Tiana et moi sommes raides comme des piquets, attentifs à ne bouger que nos bras pour ne pas faire basculer notre coquille de bois...
17h : la nuit tombe très vite et on a toutes les peines du monde à accoster à cause des bancs de sable et des trous d'eau qui nous barrent le passage jusqu'à la berge. On enlise la pirogue dans le sable et un mètre plus loin on a de l'eau jusqu'à la taille à essayer de la dégager, THE galère !
Après une bonne demi-heure d'efforts et de jurons malgaches, on réussit quand même à la sortir de l'eau et me voilà donc à monter ma moustiquaire dans le noir sous les étoiles...
A suivre en mots et peut-être même en vidéo...
Le contexte : vous vous souvenez qu'avant de profiter d'un massage relaxant à Antsirabe, il vous faudra toujours ramer un peu au propre comme au figuré. Ce qui fut fait...
Ce matin-là, avant de remonter le fleuve Tsiribihina à la rencontre de ses riverains, je profite de mes derniers instants sur la terre ferme pour faire un tour dans le poulailler de l'étape, les gallinacées m'ayant "bercée" toute la nuit, ce matin je leur rends une petite visite de courtoisie. Au menu bientôt : "poulette à la broche"...
Tiana (mon "assistant-piroguier") et moi sommes allés au marché pour faire les provisions des sept jours à venir sur le fleuve. Ananas, brèdes, poulet, eau, riz, la remontée du fleuve devrait être sportive ET gastronomique, genre Maïté en pirogue...
A la pirogue, c'est l'émeute ! Chacun cherchant à marchander quelque chose, vivement le départ...
Tout est maintenant chargé, je vérifie une dernière fois que la pirogue ne prend pas l'eau (vieux souvenir...), non ? Non, alors let's go !
Premiers coup de pagaie sur le fleuve Tsiribihina, long de 145 km entre Belo-sur-Tsiribihina et Miandrivazo, la pirogue glisse sur les eaux calmes bordées par deux rives sablonneuses.
Le fleuve est large d'une vingtaine de mètres et charrie la latérite des bords de berges, ce qui lui donne sa couleur orangée.
La Tsiribihina semble vivre au rythme des pirogues et du teuf-teuf-teuf des taxis-brousse flottants, mora mora (expression légendaire à Madagascar qui signifie que le rythme est aussi endiablé que celui des colocs d'une maison de retraite)...
On y assiste aux scènes de pêche, aux jeux des enfants, à la toilette ou au lavage du linge, on y croise même des zébus ! Par certains endroits, l'eau est en effet si peu profonde qu'elle permet la traversée en charrette à zébus d'une rive à l'autre.
Côté vocabulaire, ici pas de "Manao ahoana tompoko" (bonjour M, Mme) mais "Salama tompoko" puisque nous sommes chez l'ethnie Sakalava. Malgré des différences entre le malgache des Sakalava et celui des Merina (la langue "officielle"), j'arrive quand même à me faire comprendre de mon aide-piroguier. Sinon on se lance dans le mime... Je suis ridicule en gros.
A la surface de l'eau, abondent de superbes jacinthes qui forment de beaux "tapis" mauves et verts, le fleuve semble s'ouvrir devant nous au rythme lent de nos pagaies, magique...
Petit détail technique mais qui a son importance (pour moi surtout) : j'ai les fesses trempées.
Je m'intéresse un peu tard à ce qui me sert de "siège" dans le fond de la pirogue... Il s'agit en fait d'un gros morceau de mousse... imbibé d'eau. Il ne me reste plus qu'à attendre notre pause-déjeuner pour arranger ça, et à mariner en silence jusque-là...
Pagayer, à la longue, n'est pas une activité passionnante en soit, mais le faire avec une poule folle dans le dos la rend tout de suite plus épicée...
Ce petit voyage sur l'eau n'est visiblement pas du goût de notre hôte à plumes qui se perche sur le bord de la pirogue en battant hystériquement des ailes, c'est un peu bruyant mais constitue en même temps un bon ventilateur naturel... non négligeable sous le soleil de plomb qui brûle et assomme...
Après trois heures de remontée du fleuve, on accoste sur un coin de berge enfin à l'ombre.
On fait du feu et pendant que le riz cuit avec les brèdes dans la marmite, je me change (ah...) et me confectionne un siège étanche avec une bâche plastique. Grand luxe.
Après le déjeuner, re-pirogue.
"Rame, rame, rameur, ramez, on avance à rien dans c' canoë...", mais si on avance ! De 20 km par jour ! A moi les prochains J.O de pirogue...
Bon, j'oublie vite le rythme de la pagaie à la vue des caméléons qui jouent à cache-cache dans les racines apparentes des arbres sur les berges. Un peu plus loin, ce sont des Propithèques de Verreaux (des lémuriens blancs à face noire ou "sifaka" en malgache) qui entament une danse étonnante, sautant sur leurs pattes arrières, bras levés, ils se déplacent de bond en bond ! On les dirait sortis d'un dessin animé ! Ils sont ici bien protégés puisqu'il est fady (tabou) de les chasser.
Le paysage a brusquement changé, des parois de granit à pic ont remplacé les sables, parois sur lesquelles s'accrochent à la verticale des centaines de petites chauves-souris, qui sont, contrairement aux Sifaka, braconnées pour leur chair par certains...
Grenouilles rouges, phalènes ambrés, tortues d'eau, geckos verts, la journée est un festival de couleurs offert par la faune de la Tsiribihina !
Cet après-midi Tiana est nerveux, la partie du fleuve que nous remontons héberge des crocodiles du Nil, d'environ deux mètres, on en voit descendre des berges et glisser sur l'eau.
Ils sont chassés par les habitants des berges, ce qui les pousse à squatter le fleuve.
Keep cool... Nous n'avons pas chaviré ce matin, il n'y a pas de raison que ce soit pour maintenant...
N'empêche que Tiana et moi sommes raides comme des piquets, attentifs à ne bouger que nos bras pour ne pas faire basculer notre coquille de bois...
17h : la nuit tombe très vite et on a toutes les peines du monde à accoster à cause des bancs de sable et des trous d'eau qui nous barrent le passage jusqu'à la berge. On enlise la pirogue dans le sable et un mètre plus loin on a de l'eau jusqu'à la taille à essayer de la dégager, THE galère !
Après une bonne demi-heure d'efforts et de jurons malgaches, on réussit quand même à la sortir de l'eau et me voilà donc à monter ma moustiquaire dans le noir sous les étoiles...
A suivre en mots et peut-être même en vidéo...

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Dans sa camisole, Rosalinda pique sa crise et s'enfuit sur le toit de l'hôpital (quand elle court en camisole, on dirait une otarie ivre morte), et reste en équilibre sur la corniche pendant dix minutes en vociférant comme une possédée.
Victor, donc. 

Quelques minutes plus tard, le vent s’est levé, la mer grossit et les mouvements du bateau deviennent anarchiques ; les Malgaches semblent apeurés, une jeune fille se met à pleurer, une autre vomit dans le seau de service... Je les regarde enfiler leurs gilets de sauvetage, gilets en polystyrène complètement imbibés d’eau, qui me font penser que si je devais tomber à la mer, j’aurais toutes les chances de couler à pic avec ça sur le dos... Je le mets donc sans l’attacher, il me protégera un peu du vent en attendant de m’en débarrasser à la première alerte.
Le spectacle de cette mer démontée est effrayant, la terre de Madagascar a disparu derrière nous et Nosy Boraha est trop loin pour l’apercevoir. Notre vaillant Viking se débat au milieu de vagues en furie, à perte de vue, et semble être une plume dans la tempête…
La cargaison mal arrimée glisse au fond du bateau au gré de ses mouvements chaotiques, les fruits s’échappent des paniers ouverts, roulent de bâbord à tribord pour refaire le chemin inverse quelques secondes plus tard.
Je sens une impression étrange m’envahir, comme un détachement, une lente aspiration, une lassitude soudaine qui me fait doucement lâcher prise, insidieusement. J’ai beau m’encourager à y résister, je me sens partir loin de ce bateau, flotter sans bruit sans chaos, mes grands-parents me sourient, je nage au triathlon de Marseille, sous le soleil au milieu des poissons, je suis bien, je prends le thé avec mes amis au milieu du salon, on rit en regardant « Friends », il y a Anita, il y a Pierre, il y a Mino…
Je vais vaciller et m’écrouler là, mes jambes refusent d’avancer davantage, et je sens ma colère monter contre ce capitaine inconscient qui méprise la vie des autres pour 3 euros la traversée... Je me résigne à ne plus rien en penser…
Donc la morale de votre épisode II "Good for you !" : même si un choc hydrothermique reste possible (bien que regrettable), qu'une ingestion accidentelle par un requin taquin reste envisageable (bien que désolante) ou qu'une faiblesse aquatique survienne à l'insu de votre plein gré, ce petit exercice de cardio-training doublé d'une thalasso en eaux vives est jalousé par les meilleurs athlètes de la chanson internationale (Madonna pour ne citer qu'elle)...
Bon, en même temps, je peux comprendre. 

Le contexte : vous venez de pagayer durant 7 jours [Revenez !
] sur le fleuve Tsiribihina pour remonter les 145 kilomètres qui vous séparent de Belo à Miandrivazo. Objectif de la balade : apporter des médicaments aux dispensaires tout en apprivoisant quelques crocos (mais c'est une autre histoire). Bref, une fois la chose faite et un peu tendu du triceps, vous décidez de vous offrir une pause massage bien méritée à Antsirabe.