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Un peu de douceur

Ce soir, je fermais le local de la future pharmacie à clef, toute contente que cette longue journée pas simple mais super constructive se termine ! A 18h30, il fait déjà nuit à Tana, tout le monde est rentré chez soi, c'est tard par rapport au rythme de vie malgache qui débute très tôt le matin, souvent dès 5h avec le soleil. Bref, je vais me dépêcher de descendre les 3 étages du service pédiatrique et trouver un taxi à Mahamasina pour rentrer chez moi tout en haut d'Avaradrova, ce n'est pas tout près et les pentes très raides de la colline font peur aux chauffeurs dont les véhicules sont déjà bringuebalants... donc faut s'y reprendre à 4 ou 5 fois avant de trouver LE taxi qui ne flanchera pas dans la montée, hier soir j'ai dû finir le dernier kilomètre à pied.


Donc cette chouette journée s'achève, je referme la grille intérieure qui protège les bureaux, salue une dame assise sur un banc avec son bébé et descends les escaliers, c'est fini ! 
J'arrive au premier étage. Et je stoppe ma descente. J'ai fait semblant de ne pas voir quelque chose que j'ai vu. Parce que je suis contente de rentrer. Et que je reviens demain matin. 


Bien sûr que j'ai vu cette dame toute seule au 3ème étage désert à cette heure, bien sûr que j'ai vu ses vêtements tout usés, et j'ai vu le visage rouge sang de son nourrisson complètement défiguré. 
Je suis remontée. La dame n'avait pas bougé. Son bébé a 5 mois, elle s'appelle Anjara, elle souffre d'un hémangiome facial, son visage est comme dévoré par des veines apparentes et boursouflées, son oreille est nécrosée, la petite serre mon doigt et sourit comme si ce masque sur son visage n'existait pas. Terrible. J'essaie de faire bonne figure devant la maman et de parler normalement malgré ma gorge serrée. Elle m'explique qu'elle vient de Farafangana au Sud-Est de Madagascar, qu'elle et son mari sont des petits cultivateurs et qu'à un mois, Anjara est tombée malade. Qu'il a fallu tout quitter, laisser ses autres enfants pour venir à Tana et tenter de faire soigner Anjara à l'hôpital. Elle est là depuis deux semaines déjà, toute seule avec Anjara. Le traitement donne des premiers signes encourageants, elle s'accroche au millimètre de peau qui semble redevenir normal, elle s'accroche avec beaucoup de courage et de dignité. Elle me montre sa chambre au milieu de ce couloir immense, elle y est seule avec la petite, aux autres étages ce ne sont pas des chambres mais plutôt des mini dortoirs de 8 à 10 lits, les pleurs d'Anjara réveilleraient les autres enfants. Chambre 308. Deux petits lits avec des matelas mousse, c'est tout. Une idée précise du manque de tout, surtout de l'essentiel.


Je n'ai pas de baguette magique, ce serait trop simple et il en faudrait des milliers. Mais je lui dis de ne pas s'inquiéter pour la nourriture, je lui donnerai les kilos de riz nécessaires le temps de l'hospitalisation d'Anjara, j'apporterai demain un doudou, ça rassurera peut-être un peu les angoisses du bébé, j'achèterai des couvertures s'il en faut, on fera de notre mieux pour adoucir un peu l'épreuve, deux minutes par ci, une minute par là... 
Je suis rentrée et j'ai mis ce lapin en peluche dans mon sac pour demain.

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Je ne sais plus qui d'entre-vous a eu la générosité et la gentillesse de l'offrir à Pokanel, Anne-Sophie, Virginie, Chrys, Catherine, Varda ou une autre personne tout aussi attentionnée, mais ce lapin comme chacun des 50 autres doudous que j'ai apportés va faire une très grande différence dans les bras d'Anjara et des enfants hospitalisés ici. C'est vraiment chic de votre part. D'y avoir pensé et de l'avoir offert. Merci ❤️

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