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  • Conquête

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    Dans le système éducatif malgache, les EPP regroupent les enfants issus des familles les plus démunies.

    "Démunies" est le terme pudique qui n'exprime pas le fort taux d'évanouissement de ces enfants à l'école car ils y viennent le ventre vide. 

    Après avoir acheté une tonne de riz ce midi, 13 caisses de savons, autant de dentifrices et de brosses à dents, cet après-midi 350 enfants de l'EPP de Fiadanana à Antananarivo ont reçu un apprentissage sanitaire, une brosse à dents, un dentifrice, un savon et 2 à 3 kilos de riz en fonction de son âge. Ce sont des denrées de première nécessité. Elles sont vitales pour lutter contre les maladies infantiles qui sont fatales à un enfant sur deux de moins de 5 ans à Madagascar. Des infections qui se développent en l'absence d'apprentissage à l'hygiène.
    La denrée non officielle de première nécessité est la confiance en l'avenir de ces enfants. Si vous n'êtes pas sûr de pouvoir manger aujourd'hui mardi, vous imaginerez difficilement des projets au-delà de mercredi. C'est cruel mais bien réel. Il y a un broyage implacable de toute envie puisque l'envie est toujours le besoin. De se nourrir ou de ne pas tomber malade, faute de pouvoir se soigner.

    Mais quand un coup de pouce survient, aussi petit soit-il c'est une respiration. Et ces enfants le racontent bien mieux que je ne pourrais essayer de vous le dire. 
    Lorsque je leur avais demandé avant le forage et la construction du puits à eau à Ambodiafontsy, "ce qu'ils voudraient faire plus tard", ils étaient restés muets, "plus tard" était juste le jour suivant, aucun ne pouvait se projeter au-delà et imaginer une réponse.
    Après les 15 jours de travaux du puits dans la cour de l'EPP d'Ambodiafontsy qui enfin permettait aux familles du village d'accéder gratuitement à l'eau, un petit garçon m'a dit :
    -"Plus tard je voudrais conduire l'avion de Pokanel dans le ciel"
    -"Bien sûr, tu pourras piloter des avions si tu travailles très bien à l'école, mais pas l'avion de Pokanel parce qu'on n'en a pas"
    -"Mais on peut le construire... comme le puits !"
    -"C'est vrai..." 

    Regardez-bien cette petite fille qui part déterminée en emportant son riz, ses affaires de toilette et ses stylos. Elle s'appelle Seheno et part conquérir ses envies et le monde 

  • Taquinerie céleste

    À 15h, grand ciel bleu, chaleur torride, on met les planches de bois frais à sécher au soleil.
    À 15h01, cette photo.

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    À 15h02, il fait nuit, les planches s'envolent, trombes d'eau sur le chantier et bataille contre un vent glacial pour continuer à travailler.
    Rassembler les matériaux et son sens de l'humour, augmenter le volume de la musique et reprendre le chantier :)

  • Un peu de douceur

    Ce soir, je fermais le local de la future pharmacie à clef, toute contente que cette longue journée pas simple mais super constructive se termine ! A 18h30, il fait déjà nuit à Tana, tout le monde est rentré chez soi, c'est tard par rapport au rythme de vie malgache qui débute très tôt le matin, souvent dès 5h avec le soleil. Bref, je vais me dépêcher de descendre les 3 étages du service pédiatrique et trouver un taxi à Mahamasina pour rentrer chez moi tout en haut d'Avaradrova, ce n'est pas tout près et les pentes très raides de la colline font peur aux chauffeurs dont les véhicules sont déjà bringuebalants... donc faut s'y reprendre à 4 ou 5 fois avant de trouver LE taxi qui ne flanchera pas dans la montée, hier soir j'ai dû finir le dernier kilomètre à pied.


    Donc cette chouette journée s'achève, je referme la grille intérieure qui protège les bureaux, salue une dame assise sur un banc avec son bébé et descends les escaliers, c'est fini ! 
    J'arrive au premier étage. Et je stoppe ma descente. J'ai fait semblant de ne pas voir quelque chose que j'ai vu. Parce que je suis contente de rentrer. Et que je reviens demain matin. 


    Bien sûr que j'ai vu cette dame toute seule au 3ème étage désert à cette heure, bien sûr que j'ai vu ses vêtements tout usés, et j'ai vu le visage rouge sang de son nourrisson complètement défiguré. 
    Je suis remontée. La dame n'avait pas bougé. Son bébé a 5 mois, elle s'appelle Anjara, elle souffre d'un hémangiome facial, son visage est comme dévoré par des veines apparentes et boursouflées, son oreille est nécrosée, la petite serre mon doigt et sourit comme si ce masque sur son visage n'existait pas. Terrible. J'essaie de faire bonne figure devant la maman et de parler normalement malgré ma gorge serrée. Elle m'explique qu'elle vient de Farafangana au Sud-Est de Madagascar, qu'elle et son mari sont des petits cultivateurs et qu'à un mois, Anjara est tombée malade. Qu'il a fallu tout quitter, laisser ses autres enfants pour venir à Tana et tenter de faire soigner Anjara à l'hôpital. Elle est là depuis deux semaines déjà, toute seule avec Anjara. Le traitement donne des premiers signes encourageants, elle s'accroche au millimètre de peau qui semble redevenir normal, elle s'accroche avec beaucoup de courage et de dignité. Elle me montre sa chambre au milieu de ce couloir immense, elle y est seule avec la petite, aux autres étages ce ne sont pas des chambres mais plutôt des mini dortoirs de 8 à 10 lits, les pleurs d'Anjara réveilleraient les autres enfants. Chambre 308. Deux petits lits avec des matelas mousse, c'est tout. Une idée précise du manque de tout, surtout de l'essentiel.


    Je n'ai pas de baguette magique, ce serait trop simple et il en faudrait des milliers. Mais je lui dis de ne pas s'inquiéter pour la nourriture, je lui donnerai les kilos de riz nécessaires le temps de l'hospitalisation d'Anjara, j'apporterai demain un doudou, ça rassurera peut-être un peu les angoisses du bébé, j'achèterai des couvertures s'il en faut, on fera de notre mieux pour adoucir un peu l'épreuve, deux minutes par ci, une minute par là... 
    Je suis rentrée et j'ai mis ce lapin en peluche dans mon sac pour demain.

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    Je ne sais plus qui d'entre-vous a eu la générosité et la gentillesse de l'offrir à Pokanel, Anne-Sophie, Virginie, Chrys, Catherine, Varda ou une autre personne tout aussi attentionnée, mais ce lapin comme chacun des 50 autres doudous que j'ai apportés va faire une très grande différence dans les bras d'Anjara et des enfants hospitalisés ici. C'est vraiment chic de votre part. D'y avoir pensé et de l'avoir offert. Merci ❤️

  • La construction de la future pharmacie gratuite

    1er chantier à l'hôpital général Befelatanana à Antananarivo : créer une pharmacie entièrement gratuite pour l'accès aux soins des familles qui ne peuvent pas payer la quote-part minimum de 200 Ariary ( = 5 centimes d'euro ), elles sont plusieurs milliers chaque année à ne bénéficier d'aucun médicament faute de pouvoir les payer.

    Elles pourront dorénavant obtenir les médicaments via cette pharmacie au sein de l'hôpital. Reste à aménager le lieu bien sûr et pouvoir y gérer efficacement les stocks. Actuellement les étagères qui supportent les quelques médicaments de l'hôpital sont malheureusement à l'image du stock : inexistantes. 

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    Demain direction les grossistes de bois, l'achat du matériel et ce week-end construction de tous les rayonnages à l'hôpital avant de ranger les stocks et ouvrir la pharmacie la semaine prochaine.

    MERCI à toutes celles et ceux (pharmacies et particuliers) qui nous ont remis leurs médicaments non périmés, ils feront des miracles dès mercredi prochain !